jocelyne robert

Octobre est le mois de l’histoire des femmes. Cocasse, c’est ma maison d’édition, les Éditions de l’Homme, qui me l'a rappelé en m’interviewant pour son blogue.

Cela m'a m'a fait penser aux femmes qui ont marqué notre histoire et en particulier à Lise Payette. Cette femme a été pour moi le phare parmi les phares, le modèle parmi les modèles. Elle a coloré, influencé, poussé le Québec en avant dans tellement de domaines. Elle m’a poussée en avant, m’a contaminée de son énergie à mettre en place les changements souhaités

Elle a eu 80 ans cette année. Vous dire combien je l’admire, combien elle m’a influencée… Je l’ai aimée et admirée comme animatrice de radio dans Place aux femmes, puis à la télévision dans la légendaire émission Appelez-moi Lise.

Je l’ai aimée et admirée comme Ministre du Gouvernement de René Lévesque:  à la condition féminine, puis à la consommation, aux coopératives et institutions financières, puis au développement social.

Je l’ai aimée et admirée  comme auteure de l’essai Le pouvoir connais pas.  Puis comme auteure du célèbre téléroman Des dames de cœur, à cette époque où, jeune sexologue, je m'étais risquée à faire, à la radio, l’analyse sexologique de son célèbre personnage macho, l’innommable Jean-Paul Belleau… 

Savez-vous que Lise Payette est la première femme à s'être faite appeler «la» ministre au lieu de «le» ministre. Elle a lancé le mouvement de la féminisation des titres et on lui doit la réforme de l'assurance automobile et celle du droit de la famille.

Aujourd’hui, je veux, je peux et je tiens à  lui "bloguer" toute l'estime que j'ai pour elle.  Avant, j’étais trop impressionnée par le personnage. Et je manquais gravement de simplicité.  Laissez moi vous raconter…

C’était il y a près d’un quart de siècle. J’avais écrit ce livre destiné aux parents  et au monde de l'enseignement sur l’éducation sexuelle des enfants et des adolescents. Le titre : « Parlez-leur d’amour… ». Je mets l'image en gros pour qu'on voie bien le nom de ma préfacière… Ce livre poursuit sa route encore aujourd’hui, retitré Parlez-leur d’amour… et de sexualité. Mon éditrice d’alors, Francine Montpetit, m’avait demandé si je souhaitais une préface à cet ouvrage et j’avais rétorqué en boutade: « Oui. Je veux une préface de Lise Payette. C'est elle ou rien!" Francine m’a prise au mot et a envoyé mon manuscrit à Madame Payette qui l’a lu et  a accepté d'en écrire la préface. 

Dire ma joie, ma fierté qu’elle accepte ! Cela ne se décrit même pas. Médusée quand j’ai eu la nouvelle au téléphone. J’étais heureuse mais trop impressionnée. Je n’y croyais pas. Le soir du lancement, dans une grande salle glaciale du collège Jean-Eudes, mon malaise était si grand que j’aurais presque souhaité qu’elle ne vienne pas. Mais elle est venue, accompagnée de sa fille Sylvie et de son conjoint, Sylvie qui signait alors Chambre en ville.

Les tables prévues pour les signatures de livres avaient été disposées de bord en bord de cette grande salle plutôt que côte à côte. Cela m'arrangeait. Je me cachais de mon idole derrière cette foule qui faisait un mur entre nous deux…  Je craignais de me brûler si je m'approchais trop près de la lumière. Madame Payette dédicaçait de son côté, moi du mien. À peine si nous nous sommes croisées sur la scène pour un bref discours respectif : le sien réitérant son total appui à ce que je disais dans ce livre ; le mien lui exprimant ma gratitude la plus plate et toute mon admiration constipée. Une maladresse sans fin drapée dans une aisance de pacotille.

J’étais gênée. Intimidée. Je ne me sentais pas à la hauteur de cette fleur qu’elle me faisait. Quand nos moyens prennent le bord comme ça, c'est bien le signe qu'ils sont fragiles nos moyens. Manque flagrant de simplicité. Comme cela est souvent le cas quand on est jeune…  Et bête. Combien de fois ai-je repensé à cette soirée, un peu honteuse d’avoir presque fui Madame Payette alors que je voulais lui embrasser les pieds ? Combien de fois ai-je voulu lui écrire, rire de moi avec elle…

Que lui aurais-je dit?  Que je n’aurais pas été plus subjuguée si Simone de Beauvoir ou Marie Curie s’étaient pointées à mon lancement . Que l'arpète n'était pas prête à rencontrer son totem…  Et surtout, que sa  confiance m’a donné des ailes. 

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Publié dans : Féminisme, Femmes, Humanisme, Politique, Télévision-Radio
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14 commentaires

  • Commentaire de Jocelyne Robert — 15 mai 2015 à 9 h 34 min

    Merci! Monsieur Gilles ! 🙂 Pourquoi ne pas mettre ici un lien vers votre blogue ?

  • Commentaire de Gilles Beauchemin — 15 mai 2015 à 9 h 30 min

    Eh ben! Quatre ans plus tard! 😉 Admiration partagée et, sur ma page Fbook, je mets le lien vers votre blogue sous le lien vers l’article de madame Payette paru aujourd’hui (15 mai 2015) dans Le Devoir. Et j’admire aussi la sexosophe (!) que vous êtes : une pionnière!

  • Commentaire de Rolland St-Gelais — 9 mars 2012 à 10 h 32 min

    Je suis parfaitement d’accord avec votre point-de-vue sur ce haut symbole de la femme au Québec. Elle a su, au même titre qu’un autre monument médiatique du nom de Jeannette Bertrand, faire évoluer la société.
    Personnellement, je trouve que son meilleur coup à été la réforme de l’assurance-automobile du Québec. En effet, il a permis à bien des gens d’éviter de se retrouver sans le sou à la suite d’accidents de la route. Je me souviens qu’en 1974, bien avant ladite réforme, un jeune homme avait été blessé par un automobiliste qui avait pris la fuite. Ce jeune homme avait tout perdu car il ne pouvait pas compter sur une quelconque aide pour subvenir au besoin de sa famille.
    Oui, cette dame a aussi ses défauts. Qui en a pas? Mais, ses oeuvres ont dépassé largement ses lacunes. Bref, c’est une grande dame!

  • Commentaire de Jocelyne Robert — 15 octobre 2011 à 15 h 40 min

    Cher Mario! Tellement heureuse que vous soyez là pour représenter la gent masculine . Plusieurs hommes ont réagi à ce billet sur twitter mais aucun, à part vous et Isidore , pour le commenter ici. Merci à vous deux !

  • Commentaire de Mario Bellavance — 15 octobre 2011 à 15 h 08 min

    Vos commentaires sont tellement touchants aujourd’hui, que je ne peux m’empêcher de vous le dire. J’en ai les larmes aux yeux!!! Est-ce le sujet qu’inspire Mme Payette ou la température d’aujourd’hui? S’il fait moins beau à l’extérieur, comme c’est beau à l’intérieur!!!

  • Commentaire de Carole Deschenes — 15 octobre 2011 à 14 h 39 min

    Quel hommage ! C’est tellement vrai ce que vous exprimez. Le privilège de vieillir nous apprend la vie simplement.

    Merci !

  • Commentaire de Jocelyne Robert — 15 octobre 2011 à 12 h 37 min

    C’était « Le plus bel homme du Canada » . Et oui… Le premier fut Jean Lesage, le premier ministre du Québec d’alors. Et c’était il y a 45 ans ;))

  • Commentaire de Renée — 15 octobre 2011 à 11 h 58 min

    « Le plus bel homme du Québec », concours organisé par Lise Payette. Je me souviens vaguement étant bien jeune à l’époque. Les plus beaux hommes avaient mon âge. Toutefois l’idée était bonne si on pense « Aux corps des hommes, les yeux des femmes » . Ceci étant dit j’amènerais une réserve; des concours de beauté qu’ils adressent aux hommes ou aux femmes engendrent une ségrégation par rapport à la beauté extérieure des corps réduisant ainsi la singularité des êtres humains.

  • Commentaire de Johanne Johnson — 14 octobre 2011 à 20 h 09 min

    Quelle femme extraordinaire que Lise Payette.

    Dans son bref passage politique, elle a fait des changements durable et elle a laissé sa marque.

    On lui a mis sur le dos l’histoire des Yvette. Quelle incroyable injustice.

    Elle a donné du guts à plusieurs générations de femmes. La première femme que les hommes politiques ont respecté et craint.

    Elle a une culture incroyable et un sens de l’humour qui me manque. Qui d’autre aurait pu faire le concours du plus bel homme!

    Elle me manque!

    J’espère la revoir enfin à l’écran, ailleurs que sur la canal Savoir!!!

    Merci pour tout Mme Payette.

  • Commentaire de Jocelyne Robert — 14 octobre 2011 à 15 h 29 min

    @Solange

    Merci Solange mais il ne faut pas croire que je me sous-estime non non ça n’est pas le cas…
    Je suis très consciente de l’originalité et de la portée de mon travail. Je voulais juste montrer dans mon texte combien parfois on manque de simplicité quand on est jeune. Et cela, justement, parce que l’on manque d’assurance . 🙂
    Revenez-nous!

  • Commentaire de Solange Chiasson — 14 octobre 2011 à 15 h 09 min

    Que je suis d’accord avec tout ce que vous écrivez dans cet article!
    J’ai aussi toujours suivi ce qu’elle a fait et l’ai toujours admirée.
    L’autre jour je cherchais justement des femmes marquantes, suite à votre article là-dessus et naturellement j’ai pensée à Jeannette Bertrand et bien d’autres, mais j’ai honte de ne pas avoir pensée à Mme Payette.
    Merci de nous la rappeler de si belle façon!
    P.S: En passant, je suis d’accord avec les autres commentaires.
    Ne vous sous-estimée pas, car à travers votre profession, vous avez fait beaucoup pour l’évolution des mentalités et nous sommes fiers de vous avoir chez-nous au Québec…

  • Commentaire de Jocelyne Robert — 14 octobre 2011 à 10 h 36 min

    Merci Isidore. Vous me faites rougir 🙂

  • Commentaire de Isidore Wasungu — 14 octobre 2011 à 10 h 31 min

    Quel bel hommage vous faite pour Mme Payette, l’une des plus grandes dames du Québec! Je ne vous écrirai pas une longue tirade pour traduire ma grande appréciation de votre récit. L’humilité que vous avez imprimée à votre texte est tout à votre honneur. Et si vous étiez de la même trempe que votre modèle à la pointure géante?

    Merci et bonne journée.

  • Commentaire de Mario Bellavance — 14 octobre 2011 à 8 h 17 min

    Je mets le pied dans le mois d’octobre 2011 tout imprégné de la figure d’Aurélie Caouette, la fondatrice de l’Institut des Adoratrices du Précieux Sang. Cette année est le 150e anniversaire de leur modeste début à St-Hyacinthe…

    Octobre est aussi le mois de la Révolution, de la Révolution d’Octobre et pour nous au Québec, pourquoi pas celui des événements d’octobre. Or associer octobre aux femmes, n’est-ce pas une jolie idée? Cependant, ces jours ont gravé en moi, une douleur profonde, celui du départ, de la mort de mon père, il y a 44 ans… Toutefois, ce mois prend aussi les couleurs que l’on connait au Québec. J’en profite depuis quelques années, pour admirer en cette saison la forêt, les arbres avec maman.

    Parlant de femmes qui nous ont marqué, je m’en voudrais de ne pas vous mentionner Mme Robert. Vous écrivez ce billet empreint d’une grande modestie. Il faut s’élever d’une réelle grandeur pour pouvoir rire de soi comme vous le faites. Félicitations! Je réfléchis sur le sens de ma vie présentement… En scrutant l’actualité, y en a-t-il un? Aussi, je découvre celui du non-sens, de la négation. Parlant de Mme Payette, je ne peux qu’admirer sa grandeur dans sa capacité à survivre aux conséquences du référendum de 1980. Comme nos mères ou nos grands-mères qui n’ont jamais cessé de tricoter quelque bonté, comme Aurélie qui, le dernier jour, demandait pardon si elle avait eu le malheur de scandaliser, de mortifier ou de désobliger quelque personne en quelque chose que ce soit, aurons-nous le courage après avoir rêvé du grand Jour de continuer afin de préparer cet après qui est parfois moins lumineux, plus douloureux qu’imaginé mais tellement essentiel si on ne veut pas que tous ces efforts n’aient été qu’un feu de jeunesse?

    Félicitations Mme Payette pour votre âge vénérable et votre grande ténacité!!! Maman a eu 87 ans cette année. Il vous reste sûrement quelques matins, quelques saisons et pourquoi pas quelques années afin de vous préparer pour l’Éternité…

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