jocelyne robert

La dépendance affective est un mal pour la personne qui en est atteinte et pour son environnement.  L'indépendance ou la peudo autosuffisance affective est un mal pour la personne qui en est atteinte et pour son environnement. L'interdépendance affective, vous connaissez?

Dépendance affective

On parle beaucoup de dépendance affective, ce mal qui rend une personne accro à une autre, ou aux autres, ou à l’amour. Conséquemment peut-être, la quête d’une totale indépendance affective est surestimée, voire encensée. Pourtant, cette dernière est tout aussi redoutable que son opposée : elle paralyse les êtres qui ont une peur bleue d’aimer et de se sentir pleinement vivants. Peur qui incite à saboter tout engagement malgré des sentiments qui, parfois, ne demandent qu’à prendre racine et à s’épanouir.

En fait, la dépendance affective a bon dos depuis une vingtaine d’années. Pourtant, une certaine dépendance est nécessaire au développement et au maintien du projet amoureux. On traite à qui mieux mieux de DADA (Dépendant Affectif ou Désespérément Accro) son copain, sa collègue, sa coloc, quand on ne s’autoproclame pas membre de la confrérie des sangsues. Si bien que j’ai parfois l’impression que c’est dans l’air du temps de se laisser convaincre qu’on est toutes boulimiques d’affection.

Je ne nie pas que le mal existe. J'ai trop vu d'amoureux ou amoureuses se liquéfiant si le coup de fil du bien-aimé, prévu à 19 h, se faisait encore attendre à 19 h 05… 

Une métaphore: le dépendant affectif est comme un verre en styromousse perforé qu’on tenterait de remplir d’eau. Une passoire. Le liquide passe tout droit et le verre reste vide. On aura beau le gaver de gestes affectueux et d’attentions, il ne conserve aucun nutriment et éprouve toujours une sensation de vide.

 

Un couple dont l’un des partenaires est un dépendant affectif maladif finira par s’effondrer de souffrance.

Indépendance affective

L'indépendance affective peut être tout aussi nocive. Je ne fais pas ici référence à la saine autonomie identitaire, cet état abouti (mais flexible) de celui ou celle qui jouit d’une solide estime de soi, sans besoins névrotiques de gratifications extérieures et d’applaudissements perpétuels.

Je pense plutôt à ce virus contaminant un grand nombres d'hommes et de femmes, gonflés de pseudo suffisance émotionnelle, blindés derrière une armure protectrice. Ces froussardes sentimentales ou poltrons de l’engagement s’empêchent de s’attacher autrement que superficiellement de manière à pouvoir se délier aisément et, surtout, à ne jamais éprouver le manque de l’autre.

Une métaphore: l'indépendant affectif est comme un cinéphile qui, au cinéma, visserait les écouteurs de son iPod sur ses oreilles pour s’assurer de ne pas se laisser prendre par l'histoire du film (ne pas avoir peur, ou rire, ou pleurer).

Un couple dont l’un des partenaires est maladivement indépendant affectif pourra difficilement se tricoter une histoire et traverser le temps.

Interdépendance affective

On a beau être solide et autonome, quand on aime une personne, on a forcément besoin d’elle !  Les sentiments profonds et durables consolident l'attachement et installent une relative dépendance, affective et réciproque, qui ne contamine ni ne contrevient à la liberté individuelle.  On peut alors parler d'interdépendance affective.

Dans celle-ci, l’un n’est ni la propriété ni le propriétaire de l’autre. Le regard de l’un ne met pas l’autre au monde mais il le rend plus vivant. Ni lui ni elle n’ont besoin de l’autorisation de l’autre mais son avis compte.  

Le couple interdépendant affectif réunit deux individus à part entière, solides et autonomes l’un sans l’autre, solidaires et complices l'un avec l'autre.  

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Publié dans : Couple, Culture et Société, Femmes, Hommes, Mythes, Sentiments et Émotions
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13 commentaires

  • Commentaire de Constance — 12 février 2012 à 10 h 55 min

    Dans tous les domaines, en amour ailleurs… Le tout est de trouver le juste milieu !

  • Commentaire de Jocelyne Robert — 3 février 2012 à 17 h 25 min

    @ Alexandre Lamoisson
    Que vous êtes rassérénant! Quelle moisson de jolis mots et de suaves pensées! Merci d’être venu vous promener par ici!

  • Commentaire de Lamoisson Alexandre — 3 février 2012 à 17 h 06 min

    Bonjour

    Vous m’avez invité à votre blogue… par le biais de Twitter…

    J’y ai « flirté » : très intéressant, singulier, talentueux, divers et tissant.
    Si je pouvais me hasarder à une qualification de votre travail (sur le blogue) – et bien imaginons-le – je me permettrai d’employer un terme puissamment élogieux – qui me vient spontanément pour vous :
    « cubisme journalistique »…

    Aussi, j’adore ce mot : sexosophe !

    Quelle fraicheur, quel humour.

    Ah! Si seulement je pouvais vous inspirer.

    (plus tard)…
    Et savez-vous ce qui se cachait aussi avec ce « vous inspirer » fabuleusement multiple ?
    Et bien je pensait déjà à « vous inhaler », pour inspirer votre souffle, votre fragrance…
    Et puis me vint alors le « vous souffler », vous souffler quelques mots, et, peut-être, vous pro-poser (pro-jeter est trop violent!) sur votre séant…

    L’importance, avant (ou, après) tout, étant que les mots suivent leur courant (au) naturel, promettant l’échange entre êtres, permettant (gueulant) de les lier, le délier des langues.

    Voilà que les mots prennent vie, qu’ils s’émancipent, et échappent à tout (mon) contrôle : quel bonne-heure…

  • Commentaire de Marie Lévesque — 30 janvier 2012 à 13 h 50 min

    Vraiment un très bon article. Ceci jette un éclairage très juste de ce qu’est l’interdépendance affective vs la dépendance affective. Les commentaires sont tout aussi intéressant à lire.
    Bravo Très intéressant!

  • Commentaire de Jocelyne Robert — 30 janvier 2012 à 2 h 29 min

    Milfred, « l’ego hypertrophié » est une image pour dire que la personne est très imbue d’elle-même.

  • Commentaire de mildred. — 29 janvier 2012 à 23 h 49 min

    Mme Robert,
    Vous écrivez dans le commentaire de Mario « l’égo hypertrophié » et moi je ne sais pas qu’est-ce que cela veux dire.

  • Commentaire de Jocelyne Robert — 28 janvier 2012 à 19 h 11 min

    😉 Comme je sympathise. Moi suis dépendante finie à l’air, à la nourriture et aux bras de Morphée. Je ne peux m’en passer

  • Commentaire de mildred. — 28 janvier 2012 à 19 h 06 min

    Mme Robert,
    moi l’hivers je suis dépendante à tout ce qui est sucré, incluant le chocolar noir, l’été je suis dépendante de ma bèche, de mon mal de dos et de mes tendinites,de mes plants de tomates, et du soleil.

  • Commentaire de Renée — 28 janvier 2012 à 17 h 58 min

    Je peux comprendre que des gens aient un animal de compagnie, comme présence. Toutefois , moi je n’en voulais pas en ayant déjà eu un. Je compensais l’absence , autrement, par la musique ou la massothérapie. Un chat , ça passe mais un chien…trop dépendant.
    Je me suis rappelée de ce voisin qui me disait que sa femme aimait trop ses deux chats que lui; elle rétorqua que ses chats, eux ne parlaient pas. J’ai pensé qu’il y avait des degrés d’amour, des niveaux; il y a aussi les gens qui aiment les plantes.

    Les peintures de François Boucher, peintre du XVIIIe s, montrant des femmes au lit avec un petit chien, oui, petit. Suggestif, évidemment. La chaleur animale sans littérature.
    De ces intermissions de nos vies entre dépendance, indépendance et interdépendance. J’ai vécu tout ça, tout dépendant de qui je rencontrais et de qui je devenais.
    Dépendance virtuelle.
    Et cette période où j’étais plus ou moins pognée aux réseaux…Internet en remplacement de quoi? Entre le chat et l’ordi, quel est votre choix?
    « Redéfinir l’intimité » JR

  • Commentaire de Jocelyne Robert — 27 janvier 2012 à 19 h 07 min

    Bien de la matière à réflexion dans votre commentaire Mario.
    Au delà des variables, très justes, que vous relevez, je crois que le partage de l’intimité est difficile,
    bien plus difficile qu’avant . Soit parce qu’on attend trop de l’autre ( dépendance affective) soit parce qu’on en attend rien (indépendance affective dans cette ère de l’égo hypertrophié…)

    J’espère que des lectrices et lecteurs réagiront à vos propos,
    Merci de ce partage.

  • Commentaire de Mario Bellavance — 27 janvier 2012 à 13 h 48 min

    Voici un billet qui me rend mal-à-l’aise. Un sujet intéressant pourtant : Les différents types de relations affectives. Comme toute chose, nous pouvons y aller de définitions qui réconfortent l’intellect mais n’est-ce pas dans le concret, dans le vécu que la question se pose? À ce titre, j’ose affirmer que celle-ci se pose différemment quand on a 20 ans et une page blanche ou 57 ans comme moi et une histoire de vie assez remplie. Aussi, me semble-t-il plus facile d’être en relation, en couple quand on a 20 ans que plus tard dans la vie. Parlant pour les hommes de mon âge et moi-même avant tout, je trouve que les femmes sortent écorchées de leur relation de couple ou de famille antérieure, qu’elles en portent les stigmates qui sont plus visibles que l’état de leur ménopause. Évidemment, on me répondra que les hommes ne sont pas moins marqués à cet âge. Les nombreuses annonces de viagra semblent bien l’indiquer… Or, il y a pire : C’est l’absence d’avoir, d’argent en banque. C’est mon cas. Pas de maison payée, pas de REER, pas de vacances au soleil. Des dettes ++ Doit-on s’étonner alors du destin de certaines femmes qui à cette étape de leur vie préfèrent rester à la maison en compagnie d’un animal, chien ou chat, plutôt que de chercher la compagnie d’un homme avec qui elle pourrait vivre une vraie relation? Aussi, n’hésiteront-elles pas à dépenser une fortune chez le vétérinaire pour pouvoir ressentir de l’affection… Ces derniers dont le nombre pourrait bien dépasser sinon égaler celui de nos médecins de famille, ne seront pas là pour s’en plaindre. Entretemps, il me semble qu’il y a place pour une prise de conscience collective, même douloureuse… L’ère des trois C, le Cul, le Corps, le Cash, ne semble pas révolu même chez les bien-pensantes. Vite, une révolte douce en 2012! Sois toi et ne te tais pas!!!

  • Commentaire de Solange Chiasson — 26 janvier 2012 à 10 h 38 min

    Comme votre chronique me parle ce matin!
    Enfin quelqu’un qui ose dire que vivre avec quelqu’un, c’est aussi rester avec les ¨malgrés¨çi ou ça…sans être pour autant un dépendant affectif fini!!!!
    Il est vrai aussi que les femmes de ma génération, sommes souvent insécures, élevées avec la notion de l’homme solide et pourvoyeur, par contre!
    Biensûr faut se respecter dans une relation, mais le quotidien à long terme, amène son lot de désagréments, de déceptions parfois, versus le caractère de l’autre, de concensus aussi, etc… Si au bout du compte, il y a plus de positif que de négatif et qu’on est bien dans ce couple et qu’on s’aime fort, c’est ça qui est important.
    J’en ai tellement marre du terme ¨dépendant affectif¨ versé à toutes les sauces pour souvent justifier de sacrer son camp au moindre problème afin d’être sûre qu’on ne l’est pas justement!

  • Commentaire de Josee — 26 janvier 2012 à 6 h 23 min

    Chère Jocelyne, comme d’habitude, vous avez les mots que je n’ai pas pour exprimer mes pensées. J’ai transféré ceci à deux de mes très bons amis ainsi qu’à mon amoureux… J’aime particulièrement le dernier paragraphe. Quand on est différent de l’autre, on est nécessairement qualifié d’extrêmiste, mais le centre existe! Et il est souhaitable, comme dans toutes les sphères de la vie…;)

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