jocelyne robert

Deux poids, deux mesures : au superlatif

Hillary Clinton, l'Américaine

Il y a moins de scandales sexuels autour des femmes politiques. Évidemment, direz-vous, elles sont bien moins nombreuses. Certes, elles sont encore bien rares dans les hautes sphères.

Mais on peut supposer qu’elles se savent observées à la loupe et qu’elles sont d’une vigilance à toute épreuve.  Au moindre faux pas, elles seront immolées sur la place publique.

Le double standard, toujours présent dans nos sociétés lorsqu’il s’agit du traitement des hommes et des femmes, est noirci à gros traits dans les hauts lieux du pouvoir. Si la femme de plus de 50 ans, "objet et sujet de désir", n’existe plus dans le monde en général, il est évident qu’elle n’a  pas sa place en politique.

Femmes politiques désexualisées et asexualisées

On aime que les hommes politiques soient séduisants. On sourit de les voir séducteurs. À peine tolère-t-on qu’une femme politique soit séduisante. Séductrice? Elle est condamnée sans merci pour légèreté et immoralité.

 

C'est pas peu dire, nous sommes parvenus à déposséder Pauline Marois de ses foulards, lesquels marquaient non seulement sa personnalité mais aussi sa féminité. Vous conviendrez que sa marque distinctive n'était quand même la dentelle de soutien-gorge ou les bas de filet !

Il y a quelques mois en France, la ministre Cécile Duflot, laquelle porte habituellement  le pantalon, s’est présentée à l’Assemblée nationale en robe bleue à fleurs blanches. Il s’est trouvé des députés pour dire « qu’elle portait cette robe parce qu’elle ne voulait pas qu’on l’écoute » mais qu'on la regarde. Cette robe toute sobre qui ne faisait que la différencier du genre masculin,  faisait d'elle, aux yeux de certains, une "agace".  La ministre prêtait ainsi flanc à toutes les attaques:  soit on la conspuait, soit on la sifflait.

La femme politique doit non seulement  laisser la dimension sexuée et érotique de sa personnalité au vestiaire mais aussi sa féminité. Autrement, on la marque au fer rouge.

Femmes étiquetées en caractères gras

Qu’elle oublie au placard, ou pas, sa composante « séduisante », elle est cataloguée. Si elle laisse respirer et s’exprimer cette dimension  :

Cécile Duflot, la Française

À plus de 60 ans : C’est une vieille nympho
Entre 40 et 60 : C’est une cougar dévoreuse de minets
À moins de 40 ans : C’est une sacrée salope !

Par ailleurs, si elle étouffe toute séduction :

À plus de 60 ans : C’est une mémé poussiéreuse
Entre 40 et 60ans : C’est une Matante ou une P’tite madame insignifiante
À moins de 40 ans : C’est une féministe full fru !

Les femmes manquent de charisme ?

On  reproche souvent aux femmes de manquer de charisme
Or, le charisme ne va pas  sans une certaine désinvolture. Et la désinvolture est totalement interdite aux femmes. À fortiori en politique.

On leur reproche aussi, souvent, de manquer de naturel. On oublie, là encore, que le naturel s’associe à une certaine désinvolture. Épiée, surveillée, la femme politique n'est plus que vigilance. Pauline Marois était elle-même, naturelle, avec ses foulards. C’est maintenant qu’elle ne l’est plus.  Comment pourrait-on être « naturelle » tout en reniant une part essentielle de soi-même? 

Les femmes :  premières dames ou éternelles secondes?

Il n’y a pas d’équivalents masculins de celles qu'on appelle les « premières dames ». D'ailleurs, on ne sait pas comment nommer ceux-ci:  Premier homme? Premier de la Première? Premier Monsieur ?…  On ne voit jamais l’époux de Angela Markel ou de Julia Gillard servir de faire valoir à celles-ci.  On ne verra pas non plus Claude Blanchet, mari de la Première ministre Marois, jouer ce rôle. 

Pourtant les « premières dames » qui appuient les hommes de pouvoir accaparent l’attention médiatique : Michelle Obama, Carla Bruni etc. Les hommes ne se prêtent pas à ce jeu. Et si c’était le cas, si un homme jouait par exemple un rôle semblable à celui que Michelle Obama a joué durant la dernière campagne électorale américaine, que dirait-on ? Je parie ma chemise qu’on dirait que son mari est derrière elle, qu'elle n’est pas capable de se tenir debout toute seule .  Les premières dames sont respectées et louangées parce qu'elles sont de bonnes secondes.

Cessons de nous  raconter des histoires. L’égalité homme-femme, ( je ne parle pas ici d'égalité de nombre mais d'égalité de traitement) est encore une volonté bien théorique.  Si cela est. 

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Ce billet m'a été inspiré d'une discussion à la quelle j'ai participé à l'émission de radio Medium Large le 15 novembre dernier.  L'Adultère et la politique: une affaire d'hommes ou de femmes?

 

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6 commentaires

  • Commentaire de Maxime — 18 février 2013 à 16 h 35 min

    En général, je suis d’accord avec ce qui est dit ici comme quoi une femme dirigeante politique ne peut pas afficher sa féminité tout en étant un leader influent. Toutefois, pour ce qui est des hommes qui tiendraient le rôle de  » premier monsieur  » comme une femme tient le rôle de  » première dame « , la raison pour laquelle ca n’a pas lieu n’est pas tant parce qu’on dirait que la dirigeante est appuyée par son mari et qu’elle ne peut rien sans lui. Au contraire, c’est elle la première ministre, c’est donc elle qui a réussi à s’imposer comme leader. Ce serait plutôt son conjoint qui serait ridiculisé, à se tenir constamment à ses côtés sans faire grand chose. On se demanderait: à quoi sert-il donc, cet homme « qui ne travaille pas » ? On accepte très difficilement qu’un homme ait un simple rôle de soutien, et on lui ferait payer ça à lui d’après moi.

  • Commentaire de Mario Bellavance — 26 novembre 2012 à 8 h 02 min

    Je crois Jocelyne que ton observation dépasse celle de l’actualité politique pour traiter de toute la question du patriarcat qui hante notre inconscient collectif et la difficulté de faire naître de nouveaux rapports hommes-femmes. À propos de la femme derrière l’homme ou de l’homme derrière la femme, pourquoi ne pas lui substituer l’image de l’homme et de la femme côte-à-côte? Un moment c’est elle qui brille. Un autre, c’est lui. Une saine complémentarité. Une complicité hors de toute notion de pouvoir, de confrontation, d’inférieur-supérieur, de conflits…
    Ceci dit, je trouve que le couple Marois-Blanchet fait très bien la paire. La dernière fois que je les ai entrevus tous les deux, c’était lors des funérailles de Denis Blanchette, le héros du Métropolis. Blanchet-Blanchette doit-on y voir un lien que nous lègue l’Histoire? Toujours est-il que Claude Blanchet avait l’air très bien dans son nouveau rôle de premier premier gentleman du Québec, selon l’appellation de Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Blanchet . À côté de Mme Marois, il avait l’air de Robert Redford. À défaut pour Mme Marois d’avoir le sex-appeal souhaitable, cette femme de pouvoir ne manque pas de goût…
    Toutefois, dans ce scénario de vie tout à fait unique, la difficulté pour eux comme pour beaucoup de couples modernes m’apparaît être de concilier leur vie intime, affective et sexuelle avec leur vie publique. Par exemple, Mme Marois était à Sorel, hier, par un beau dimanche, le dimanche de la Ste-Catherine par surcroît. La raison : Honorer l’ancien député péquiste du comté dont je tairai le nom de crainte de lui donner trop d’importance. Or, si j’avais été à la place de Claude Blanchet, j’aurais dit à mon épouse et Première ministre : « Qu’est-ce qu’il a cet ex-député pour te mobiliser ainsi? Ça ne pourrait pas attendre à plus tard? Quand il viendra à Québec par exemple? Il me semble qu’une journée de repos avant les Fêtes, ça nous ferait du bien. Je dois partir durant les prochains jours. Je sais, on se parlera au téléphone mais tout de même, te rappelles-tu nos 20 ans…

  • Commentaire de Manon Desormaux — 24 novembre 2012 à 18 h 15 min

    Salut Jocelyne,

    Je suis 100% en accords avec toi. Et au superlatif c’est encore bien peu …tu as raison de dire qu’elles deviennent autres. Je regarde Mme Marois et elle est devenue « drabe » … »beige » …tu vois ..sans saveur, sans couleur. C’est dommage …..et un homme de première …ou tout autre nom qu’on ne peut pas trouver pour le conjoint aussi est dommage. On crois à tort que les femmes ont une grande place maintenant partout mais …non. Elles sont encore et toujours celle sur qui on frappe. Et souvent les mauvais commentaires viennent d’autres femmes! ca c’est encore pire que tout. Et je ne crois pas que je verrais un jour une vrai égalité entre les hommes et les femmes …jamais. Je crois que le « sexe faible » n’est pas la femme ….on peut faire bien plus et bien mieux que bien des hommes et je crois que ca leur fait tellement peur….qu’ils préfèrent laisser les femmes là « ou elle sont » .. à leurs yeux. Mais tout le monde sait qu’il faut une femme derrière chaque « grand » homme ….sinon …..il ne trouveras jamais ses lunettes pour aller s’occuper de politique!!!!

  • Commentaire de Renée Dion — 24 novembre 2012 à 17 h 16 min

    Les objets de la mode. « L’homme objet », collection présentée par J.-P. Gauthier en 1983. Il y présentait une jupe porte-feuille longue en tissu d’habit remplaçant le pantalon habituel. Différent.

    Les gens de robe longue, les gens de robe courte. Distinction ayant existée au Moyen Âge entre les nobles et les paysans (travailleurs). Le pantalon est apparu progressivement, de la culotte au sans-culotte, 1789.

    C’est en 1965 qu’Y St-Laurent fit du tailleur pantalon un succès.
    Actuellement en 2012, il y a une certaine régression dans cette insistance à vouloir distinguer trop évidemment les sexes.
    Cyclique.

  • Commentaire de Luc Ménard — 24 novembre 2012 à 14 h 39 min

    Chère Jocelyne…. Tu as oublié un point essentiel et je peux témoigner de mon expérience…J'ai été attaché politique d'une femme ministre. Tu as oublié…le contenu…tu parles du contenant… Une personne politique homme ou femme doit avoir du contenu. Doit entres autres, savoir s'exprimer en public, doit avoir une voix agréable , un ton intéressant, une aisance à expliquer son point. ( évidemment elle doit connaitre sur le bout de ses doigts, les détails de son sujet. somme toute elle doit le maîtriser et le comprendre.) avoir du charisme, avoir une culture générale supérieure à la moyenne, être capable de se mettre au même niveau de la population au moment opportun. (…) Or et c'est là mon point, tous tes éléments principaux se conjuguent au masculin.. c'est rare chez les hommes de trouver un politicien avec du charisme. Y a t il des politiciens homme qui sont étiquetées en caractères gras? Exemple: C'est un bon comptable, c'est un excellent gars de finance ou c'est un brillant… mais il est ennuyant à entendre, il a le charisme d'une corde de bois. Sa personnalité ne nous atteint pas ( exemples: Bachand, F. Legault,) Ton point sur les femmes politiques désexualisées et asexualisée…est juste dans la mesure que compléterait le tout avec le contenu…Sarah Palin. Michele Bacchman aux USA…sont des super jolies femmes…mais avec un contenu vide…elles ne passent pas non plus…Nathalie Normandeau…fessait dans le dash en tant que femme. Elle avait tous les hommes qu'elle voulait à ses pieds…Sa personnalité, son charisme, sa beauté, son ton de voix…elle s’habillait toujours parfaitement, On a jamais entendu quoi que ce soit sur son contenant…mais peut on s'interroger sur SON contenu…??? Y a plein de politiciens hommes québécois..qui sont vides de contenu….ils passent dans leur comté mais au nationale..ca passera jamais…( Je nomme pas de nom…mais je donnes des indices Un député montréalais au fédéral qui veut s'envoyer maire de Mtl…un vide intellectuel total et abyssal des hommes de ce genre il y en a une tonne. Je suis sur que Pauline comme n'importe quelle femme en politique pourrait passer n'importe quelle tenue si elle avait une personnalité attachante, une voix touchante, elle dit tout et son contraire…et ce depuis toujours…On parle de contenu…pas de contenant. Dans le fond, On en vient à d'autres questions et débats: 1- La vie privée ( la vie sexuelle) doit elle être un facteur de jugement de la vie professionnelle? 2- Est ce que cette vie privée là d'une personne publique doit être connu du grand public? 3- Les politiciens, politiciennes doivent ils – elles parfaits parfaites? 4- Aucune vie sexuelle hors norme ( Anne Sinclair en France qui était échangiste&+???)? la position missionnaire seulement? 5- Elle ne doit pas boire d'alcool? 6- Elle ne doit pas avoir aucune contravention au code de la route? 7- Elle ne doit pas regarder de films osés ou +?? Si c'est ca les attentes de la population de leurs politiciens, politiciennes…soyons sur que ces derniers vont tout le temps nous cachés quelques choses. En conclusion à ton billet Jocelyne je dirai ceci: Les hommes politiques peuvent avoir un genre et leur propre sexe différent des femmes..c'est un must… Mais surtout doivent avoir du contenu à la hauteur de leur responsabilité. Les femmes politiques doivent avoir leur propre genre et leur propre sexe …mais avec un contenu à la hauteur de leur responsabilité… À ce moment…le contenant…sera probablement secondaire….

  • Commentaire de Pierre Girard — 23 novembre 2012 à 14 h 32 min

    Malheureusement, encore aujourd’hui les femmes sont vues comme des objects.

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