jocelyne robert

La job de sexologue est démonisée. Devant une sexologue, l’interlocuteur s’imagine devant une alternative: Voilà une obsédée sexuelle qui ne pense qu’à ça! ou, Elle doit avoir de joyeux problèmes sexuels celle-là!

 
Si ça n’était que ça, ce serait pas mal. Mais il y a un autre niveau de « tabouisation ». Le seul, en fait, qui m’indispose vraiment: on ne parle jamais que de cul aux sexologues. Je le sais, ça fait 30 ans que, même en dehors de ma pratique professionnelle, on ne me parle que de cela. J’ai beau avoir fait des incursions en philo et en sciences sociales, aimé le chant, le théâtre et les philosophies orientales, me défendre au scrabble, m’être formée au langage non verbal, avoir milité en politique, être socialement engagée, parlé plusieurs langues, être préoccupée de culture, avoir visité la planète, avoir écrit des contes et un essai sur le féminisme, niet! C’est sur le cul qu’on veut m’entendre.
 
Vous vous demandez quelle mouche m’a piquée? Vous vous dites que je n’avais qu’à choisir un autre métier, un point c’est tout!? Aye! Un instant! Demande-t-on aux avocats de ne parler que de droit? Aux médecins de ne se prononcer que sur les thématiques de santé? Aux philosophes de socratiser sans arrêt…? Prenons l’exemple d’un parti politique ou d’un gouvernement. La brochette de personnes qui le compose vient de tous les horizons — droit, médecine, arts, enseignement, sociologie, ingénierie, journalisme, lettres, économie etc. — Ces hommes et ces femmes ont des intérêts et des idées sur un ensemble de dossiers et une vision qui vont bien au delà de leur formation académique. Il ne nous viendrait pas à l’esprit de croire que leur métier ou profession les empêche d’avoir un regard plus large sur le monde et des propositions pour le bonifier. Avez-vous remarqué qu’aucun sexologue n’occupe un poste public en vue? Qu’aucun n’est jamais sollicité pour se présenter en politique (même si la sexualité est une réalité hautement politique) ou pour occuper le siège d’un C.A.? En dehors de leur carré de sable, ils sont inexistants, confinés dans les limbes. Serez-vous étonnés d’apprendre qu’ils ne sont pas plus bêtes que d’autres? Qu’il y a parmi eux et elles, comme dans toutes les disciplines, des crétins et des esprits brillants. Je ne vois qu’une raison à cette exclusion: le sexologue, si bardé fusse-t-il d’expériences humaines, de connaissances ou de diplômes universitaires, n’est pas pris au sérieux. On le « pornographise » .
 
Je suis sexologue et je m’en glorifie. N’empêche, j’en ai ras le bol qu’on me croit incapable en dehors du sexe. Comme si j’étais une tarte. Une tarte aux petits fruits du péché. J’écris régulièrement des opinions qui sont publiées dans les journaux , je participe souvent à des émissions de radio et de télé sur des thématiques sociales ou plus intimistes liées à l’univers de la sexualité. Demandez à n’importe quel de me mes collègues, dès que nous tentons d’exposer une opinion citoyenne qui déborde notre champ, on reste sourd, peu importe l’originalité de la pensée, la solidité argumentaire, la clarté de la construction.
 
Sarkozy est à la une ces temps-ci. J’ai, sur lui, des idées que personne n’a jamais exprimées. Normal, je suis une femme intelligente, assez fine observatrice, intéressée par la politique et je vis presque autant en France qu’ici. Sur sa récente et inconvenante sortie sur les souverainistes québécois, nul n’a fait valoir que Sarko veut devenir président de l’Europe. Il est prêt à tout pour y arriver. Dans cette foulée, il utilisera, avec la grâce d’un voyou et qu’importe les bévues, toutes les tribunes lui permettant de se péter les bretelles « fédératives et unificatrices… » 
 
Pourquoi la collectivité préjuge-t-elle qu’un sexologue ne s’intéresse à rien d’autre qu’au cul…? Quand donc cessera-t-on d’enfermer tout un corps professionnel à la cave, à réparer la plomberie de sa tuyauterie intime? Il ne me viendrait pas à l’esprit de ne pas prêter attention à un avocat s’exprimant sur une question psychologique. Cela, même si je sais bien que son parcours professionnel teinte son appréciation. Que ma formation et ma pratique sexologiques colorent mes analyses, rien de plus normal. Et riche. Je me rends bien compte, par exemple, que je vois dans le phénomène Obama des aspects qui échappent à d’autres. ( J’en profite pour vous confier qu’Obama est un vrai mâle alpha alors que Sarko est un wannabe , un « aspirant à … » )
 
Je sais bien que l’ostracisme des sexologues, des univers socio-politico-culturels, est inconscient (maudit Freud!). Ou presque. C’est bien pour cela qu’il faut faire monter un peu ce magma à la surface de la conscience.
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Publié dans : Culture et Société, Sexologie, Valeurs
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18 commentaires

  • Ping de Belle gang de sexologuophobes et de sexologistes ! - Jocelyne Robert — 16 septembre 2012 à 11 h 41 min

    […] le besoin de revenir sur cette question de la sexologuophobie et du sexologisme sur laquelle j’ai déjà écrit. Il m’a semblé que le phénomène prenait de l’ampleur,  […]

  • Ping de Le Huffington Post Québec et moi - Jocelyne Robert — 19 décembre 2011 à 8 h 35 min

    […] une déformation. Je porte les stigmates glorieux d'une travailleuse du sexe dont le métier est mal aimé et honteux quand il n'est pas carrément moqué. Paradoxe de nos sociétés […]

  • Ping de Sexologue: la profession mal-aimée | Les Femmes Vintage - Le blogue de Jocelyne Robert — 21 janvier 2011 à 13 h 16 min

    […] lien avec ce billet, lire, vous pouvez lire sur ce blogue “Profession honteuse” […]

  • Commentaire de Anonymous — 25 mai 2010 à 21 h 10 min

    >J'ai encore lu des commentaires concernant ce jugement et en particlier sur le blogue d'une criminologue. Certains commentaires y sont tout à fait discutables mais c'est le but de ce blogue si je comprends bien. Évidemment, je tente d'y mettre ma petite signature. Je précise également ici que le procureur aurait peut-être mieux fait de se contenter d'une accusation d'agression sans préméditation; le verdict aurait été différent probablement avec l'aveu du jeune concernant sa participation pour enlever le jeans, le viol étant impossible à prouver sans preuves matérielles solides ou de témoins directs de l'événement.

  • Commentaire de Anonymous — 17 mai 2010 à 18 h 29 min

    >Acquittement du viol en Australie: j'ai eu le temps de faire quelques recherches et j'espère ne pas déborder du blogue en y faisant quelques commentaires juridiques. Les fondements du droit criminel en Australie sont les mêmes qu'au Canada, le Common Law. Les règles de preuve que j'ai énumérées sont les mêmes soit: la preuve de l'acte reproché, ici le viol, et l'intention de violer. Le procureur de la Couronne a un fardeau très lourd à cause de la la gravité de l'acte et de la sévérité de sa sanction. Or, le jury en est venu à la conclusion que ce jeans n'avait pas été enlevé par la force physique ou psychologique. Si le dossier médical de cette jeune femme ne démontrait aucune preuve d'agression physique dans les quelques jours après l'événement, ou s'il n'y avait aucun témoin visuel pendant ou après l'événement, pouvant confirmer la version de la victime, cette preuve hors de tout doute est pratiquement impossible à établir. L'agresseur était aussi jeune que la victime (23 ans)et a pu interpréter l'invitation dans sa chambre sans intention de viol tel qu'on l'entend dans la Loi. La victime a pu aussi interpréter la "brusquerie" peut-être maladroite de son agresseur. Peut-on vraiment parler du viol dans un tel contexte?? Était-il nécessaire de porter une telle cause devant les tribunaux?? Autre événement traumatisant. Le jeans n'a été que "l'outil" aux questions que devait se poser le jury. Je vous donne le lien suivant: Mailonline Worldnews, l'article écrit par Richard Cisailles, où on peut y lire divers commentaires.

  • Commentaire de Anonymous — 16 mai 2010 à 20 h 29 min

    >J'ai lu très rapidement quelques articles de ce jugement et le jury se devait également d'appliquer la règle HORS DE TOUT DOUTE RAISONNABLE. Je ne crois pas que seul le pantalon soit en cause dans cette affaire. Si c'est le cas, en effet c'est discutable et espérons une suite pour la jeune fille.

  • Commentaire de Anonymous — 16 mai 2010 à 19 h 59 min

    >Je viens de lire certains écrits de votre blogue concernant votre dernier livre: personnellement j'ai des réticences lorsque vous dites qu'un homme a été acquitté de viol en Australie car la femme était trop dénudée. Pour commencer il faut prendre le dossier dans son ensemble et connaître dans quel contexte ce jugement a été rendu. C'est ma réflexion juridique.
    Dans mon milieu de travail je vois des femmes et des hommes qui exagèrent aussi dans leurs habillements et sont par le fait même provocateurs et dérangeants. Il ne faut pas s'étonner que les jeunes soient en pleine crise d'identité sexuelle lorsqu'on voit leur parents se pavaner de la sorte. Comme la plupart des femmes, j'aime les décolletés, les talons ..mais en abuser effrontément est autre chose et peut même être dangereux. J'ai déjà eu une bonne prise de bec au travail à ce sujet; on m'a répondue de me mêler de mes affaires. Cette "femme" continue à s'habiller comme si elle allait dans un bar ou si elle était dans son salon. Ce n'est pas parce que je suis cartésienne que je m'exprime ainsi; je fais référence à la "pudeur convenable". Cet homme ne fait pas pitié, loin de moi cette idée, mes des malades comme lui il y en a plus qu'on le pense et ne serait-ce que pour se "protéger soi-même" les tenues appropriées et convenables sont de mises. En plus, il n'est pas certain que cette femme ne l'ai pas encouragé autrement et c'est ce qu'un juge doit aussi évaluer. Certains diront, "il n'avait qu'à pas regarder", cette consciente inconscience est tout aussi déroutante et peut mener au "désordre social"; ce juge se devait d'en tenir compte. "L'ACTUS RÉUS et MENS REA " sont parfois présents chez les 2 acteurs. Ma curiosité est piquée et je vais tenter de trouver ce jugement.

  • Commentaire de Anonymous — 16 mai 2010 à 15 h 12 min

    >Merci et aujourd'hui je pense aux sites tels que FACEBOOK, très critiqué. Sans être à caractère sexuel, ils ont aussi cette vocation pour une certaine exhibition semble-t-il. Des gens s'y accrochent avec cette intention de se faire connaître mais sans sembler se rendre compte qu'ils se font mettre une étiquette.J'ai vu sur ce site par exemple, une dame qui affirme simplement comme ça qu'un homme qui frappe une femme est un petit lâche, et ainsi de suite. Elle prône pour les MECS qui en valent encore "la peine"; elle veut "séduire" par ces réflexions si discutables. Je peux comprendre que des gens puissent avoir besoin de ces sites..je le fais moi-même. Mais afficher un tel manque de discernement n'est-il pas un peu "adulescent"?? La détresse humaine n'est pas sexuée à ce que je sache.

  • Commentaire de jocelyne_robert@videotron.ca — 16 mai 2010 à 10 h 05 min

    >Merci pour tous vos commentaires, si riches, si pleins, si généreux.
    Comment dit-on déjà? De la discussion jaillit la lumière… Et de la solidarité féminine jaillira le changement avec un grand C

  • Commentaire de Anonymous — 15 mai 2010 à 20 h 55 min

    >Je relis un peu le texte de Mme Dion ce soir parce que je fais partie des "esseulées" et je crois qu'il y a quand même certaines bémoles à lui apporter. Que des gens désirent fréquenter ces sites par peur des MTS ou de sortir seul dans une discothèque ou un bar, ou par timidité, je crois que cela leur appartient. En effet c'est un choix. Il faut être conscient qu'il y a de tout si on a affaire à un site plus "permissif" qui doit faire des $$$ malheureusement. Mais comme certains bars ou discothèques ont été fermées dans le passé, il est étonnant qu'en 2010 la même Loi n'y soit pas appliquée. La performance y est tout aussi présente et je n'ose même pas énumérer ici ce que j'y ai vu. C'est à qui serait le plus pervers; comment discerner ceux qui y sont "équilibrés?? Pas évident car eux-mêmes y deviennent méfiants malgré leurs essais répétés et leur "honnêté parfois un peu honteuse". Ils y sont échaudés tout autant que d'autres…

  • Commentaire de Anonymous — 12 mai 2010 à 20 h 43 min

    >L'expérience la plus "cocasse" est celle où un transexuel m'a demandé qui était mon chirurgien parce qu'il trouvait que mes seins étaient très beaux. Devais-je prendre cela pour un compliment???? À presque 47 ans, je l'ai compris ainsi, mais il n'a pas réagi lorsque je lui ai répondu que c'était les miens, bien tout en chair…

  • Commentaire de Anonymous — 12 mai 2010 à 20 h 23 min

    >Après quelques brèves expériences sur ces sites. je rêve moi aussi maintenant de celui qui saura tout simplement m'acheter un bouquet de fleurs et m'offrir un repas d'amoureux aux chandelles, m'amener marcher à la belle étoile……

  • Commentaire de Anonymous — 12 mai 2010 à 20 h 21 min

    >Après quelques brèves expériences sur ces sites. je rêve moi aussi maintenant de celui qui saura tout simplement m'acheter un bouquet de fleurs et m'offrir un repas d'amoureux aux chandelles, m'amener marcher à la belle étoile……

  • Commentaire de Anonymous — 12 mai 2010 à 20 h 16 min

    >J'ai lu avec plaisir le commentaire de Mme Dion ci-haut; très bien écrit et humoristique. En effet, ces sites sont maintenant l'outil par excellence pour la prostitution et la pédophilie. Certains hommes m'y ont abordée avec la conviction que j'étais une "femme de joie". Les règlemtens de ces sites interdisent la "sollicitation" mais plusieurs ont appris la façon détournée de la faire quand même. On y trouve des hommes du Gouvernement qui admettent avoir beaucoup à y perdre, femmes, familles, réputation, emploi stable et payant et pourtant prêts à prendre le risque consciemment. Ils y énumèrent leurs besoins et leurs fantasmes "numérotés 1-2-3" faisant miroiter leur salaire, la possibilité de payer la chambre à l'hôtel, les gâteries en échange de la discrétion et du silence. Si Madame savait ça, la pauvre!!!! Seulement le fait de se pavaner ainsi est tout simplement un problème de moralité et d'éthique sanctionnable. Ces gens sont dangereux parce qu'ils profitent de l'inconsciente légèreté de leur proie.Le véhicule encore plus parfait de la prostitution, de la duperie, de l'harnaque, de la bestialité, de l'inhibition sexuelle et j'en passe.
    En soi, s'envoyer des photos, discuter de sexe, se dire des choses "coquines et gentilles", ne fait de mal à personne, que ce soit sur internet ou dans un bar. Le malheur est qu'il est très risqué de se trouver nu dans un autre site sans notre consentement ou même en Europe!!! là où il semble que ce soit payant de vendre des photos et des vidéos. Une nouvelle invention pour faire beaucoup d'argent rapidement.

  • Commentaire de jocelyne_robert@videotron.ca — 11 mai 2010 à 11 h 48 min

    >@ anonyme du 8 mais

    Sacrée bonne question que vous posez là. Merci d'avoir partagé votre expérience et votre réflexion avec nous. Peut-être suscitera-t-elle une discussion…

  • Commentaire de Anonymous — 8 mai 2010 à 19 h 59 min

    >Ce soir, j'ai visionné le film "FRÈRES"; un film à mon avis extraordinaire car on connaît très peu des traumatismes vécus par nos soldats de l'armée. Un film qui finit bien mais, il en est rien pour tous ceux qui reviennent du combat.
    J'ai échangé sur le site en question un soldat qui revenait de l'Afghanistan et voulait même que je lui fasse une faveur, un bon geste, à cause de cela mais, bien qu'il était beau, il était plus jeune que moi. J'ai offert d'aller prendre un café, de jaser et de se connaître. Je voulais lui offrir une amitié et lui faire comprendre qu'il y avait autre chose pour lui, autre chose que le cul dans la vie. Je me demande ce soir ce qu'un site aussi pervers et BDSM peut avoir comme impact psychologique sur ces gens qui reviennent de là-bas….S'amuser sur des sites internets, pendant que d'autres souffrent, c'est très discutable d'autant plus que ces sites n'ont rien d'enrichissants pour l'avenir de notre société.

  • Commentaire de Anonymous — 25 avril 2010 à 15 h 59 min

    >J'ai expliqué a ce jeune ma perception concernant les problèmes avec les filles et je l'ai fait je crois de façon objective. À n'importe quel âge, la recherche de la "réassurance" semble nécessaire mais le moyen d'y arriver, en effet, n'est pas toujours approprié….

  • Commentaire de jocelyne_robert@videotron.ca — 22 avril 2010 à 9 h 35 min

    >@anonyme du 18 avril

    Merci de votre commentaire si questionnant. Votre expérience montre bien que l'exposition à la porno ne transmet pas le savoir et n'aide pas les hommes et les femmes, à être plus épanouis sexuellement et affectivement. J'y reviendrai, dès que j'aurai un peu de temps!

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